La Nuit des femmes
de Kinuyo Tanaka · Japon · 1h33
Avec Hisako Hara, Akemi Kita, Chieko Seki
La séance ↓La jeune Kuniko est pensionnaire d'une maison de réhabilitation pour anciennes prostituées. Malgré la bienveillance de la directrice, la vie n'est pas facile, et comme toutes ses camarades, elle espère s'en sortir. On lui propose une place dans une épicerie, mais le mari de la patronne et les hommes du quartier sont trop concupiscents. Kuniko doit s'enfuir, et part travailler dans une manufacture. Devant la méchanceté des autres employées, elle quitte son emploi, pour intégrer une pépinière. La vie semble devenir plus douce, mais le passé de la jeune femme la rattrape.
Renontre avec Ilan Ould Aklouche-Pugens
Mercredi 25 novembre 2026 à 18h00
Au Japon, comme ailleurs, le cinéma a été longtemps une affaire d’hommes, si bien que le pays lors de l’âge d’or de son cinéma n’a vu officier qu’une seule femme derrière la caméra. Il s’agit de Kinuyo Tanaka, une actrice légendaire du cinéma japonais qui s’est illustrée dès la période muette, a été à l’affiche du premier film entièrement parlant de son pays et dont la carrière s’étend sur quelque 250 métrages répartis sur un demi-siècle. C’est sans doute forte de ce statut tout particulier au sein de l’industrie du cinéma nippon, et « grâce » à l’appui de nombreux réalisateurs avec lesquels elle avait travaillé, que Kinuyo Tanaka a pu passer à la réalisation devenant ainsi la deuxième femme du pays à occuper cette position.
La Nuit des femmes, sortie en 1961, est sa 5e et avant-dernière réalisation et le sujet et la radicalité du film sont proportionnels à la singularité de la situation de sa réalisatrice. Elle choisit de traiter le sujet de la prostitution en partant d’un fait social récent de son pays : la fermeture des maisons closes et la criminalisation grandissante des travailleuses du sexe. Ainsi le film débute dans un centre de réinsertion pour prostituées, dont la directrice fait la visite à un groupe de femmes bourgeoises dont les impressions et jugements cristallisent toutes les thématiques du film à venir. En effet, Kinuyo Tanaka, de par l’exemple du parcours de son personnage principal, nous donne à voir l’immense difficulté, presque l’impossibilité, de cette société qui se veut morale, saine et ordonnée, à assimiler cette jeune femme malgré tous les efforts qu’elle fournit pour s’y conformer.
Il est ainsi un objet tout particulier dans cette décennie de cinéma japonais qui a beaucoup disserté sur son époque avec un point de vue exclusivement masculin. Kinuyo Tanaka n’est pas la première à traiter de ce sujet, mais c’est fait ici avec une méthode presque documentaire, au plus proche de la situation contemporaine. Même si elle n’échappe pas totalement aux conventions de son temps, qui demandent un repentir aux anciennes prostituées, le film est surtout à charge contre le monde qui la refuse quoi qu’il arrive.
Ilan Ould Aklouche-Pugens
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