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Jacques Rozier

Quatre films, du 12 août au 8 septembre 2026

Né en 1926, mort en 2023, Jacques Rozier fut l'un des francs-tireurs de la Nouvelle Vague : jamais tout à fait dedans, jamais vraiment reconnu à sa juste mesure de son vivant, mais admiré sans réserve par ses pairs, de Godard à Truffaut. Cinéaste du hasard et de la vacance, adepte des scénarios ouverts et des tournages improvisés avec des amateurs, il n'aura signé que cinq longs métrages sortis en salle en près de quarante ans de carrière — une œuvre rare, buissonnière, obsédée par l'eau, les îles et les personnages mythomanes. Le Cratère lui consacre une rétrospective réunissant quatre de ses films.

Adieu Philippine (1962) ouvre le bal : un jeune assistant de télévision, amoureux de deux amies inséparables, profile un dernier été d'insouciance avant de partir pour la guerre d'Algérie. Tourné en partie en Corse dans des conditions rocambolesques — le son, inaudible, dut être entièrement reconstitué au montage —, le film est aujourd'hui considéré comme l'un des plus purs concentrés de l'esprit Nouvelle Vague.

Du côté d'Orouët (1973, tourné en 1969) suit les vacances de trois jeunes femmes et d'un jeune homme dans une villa du littoral vendéen. Rozier y révèle le talent comique de Bernard Ménez, dans un film-fleuve tourné à l'économie qui ne tint qu'une semaine à l'affiche à sa sortie avant de devenir culte.

Les Naufragés de l'île de la Tortue (1976), avec Pierre Richard et Jacques Villeret, raconte les mésaventures d'une agence de voyages qui invente un concept de vacances façon Robinson Crusoé : abandonner ses clients livrés à eux-mêmes sur une île déserte. Une comédie du désordre, anti-Bronzés avant l'heure, tournée sans scénario bouclé.

Maine Océan (1986), Prix Jean Vigo, clôt le cycle : comédie poétique en forme d'improbable voyage en train, où se croisent une avocate, deux marins bretons et une danseuse brésilienne perdue dans les Pays de la Loire. Le film que Rozier lui-même jugeait comme son plus abouti.

À travers ces quatre échappées, un même art du temps qui passe, de l'attente et de l'imprévu — un cinéma de la liberté, à l'image de celui qui l'a filmé.

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